Portrait n°1: Arnaud Sommier

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Arnaud, j’ai 26 ans et je suis éducateur dans le social. Ca fait maintenant quatre ans que je m’occupe d’adolescents autistes au sein d’un internat.

En dehors de ça, j’ai toujours fait beaucoup de sport, à la base je voulais être prof ou coach, j’étais inscrit en fac mais j’ai abandonné. Depuis je me suis passionné pour le BMX, le grappling et la boxe, ce qui me permet vraiment de faire le vide.

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Comment as-tu découvert le tatouage ?

J’avais pas mal de potes plus âgés et tatoués dans le milieu du BMX. Du coup, j’ai commencé à m’y intéresser et à regarder un peu plus ce qui se faisait.

Si tu devais qualifier le tatouage en un mot ?

Pour moi c’est un art.

Quand as-tu commencé à te faire tatouer ?

J’ai commencé il y a quatre ou cinq ans. A l’époque, j’avais plusieurs potes qui s’étaient fait tatouer par Guy le tatooer. Quand Guy est venu en guest à Paris, il a tatoué un de mes potes, j’ai regardé d’un peu plus près son travail et j’ai vraiment accroché sur ses dessins et ses traits.

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Qu’est ce qui te fascine la dedans ?

Le tatouage est un art à part. J’aime tout ce qui est visuel et je pratique la photo. Pour moi, l’idée d’avoir quelque chose d’encré sur le corps à vie, c’est fort, c’est puissant et c’est ça qui m’attire. Le tatouage fait partie de moi et représente mon parcours de vie. Depuis, j’ai pas mal observé le travail des mecs de Hand In Glove et j’ai moi même essayé de tatouer des peaux de cochons et c’est là que je me suis rendu compte à quel point c’était chaud. Le tatouage est un art qui ne s’improvise pas.

Comment s’est déroulée ta première expérience ?

Plutôt bien, j’avais un peu d’appréhension quant à la douleur et au temps que ça allait prendre mais au final ça s’est super bien passé. Guy était super cool, il y avait une bonne ambiance et mes potes qui le connaissaient étaient également présents ce jour là. 

Tes tatouages symbolisent-ils des expériences personnelles ? Peux-tu me parler de leur histoire?

Je dirais que le haut de mon corps représente la « vie » et les cuisses la « mort »…

Live what you love signifie qu’il faut profiter de la vie et faire ce qu’on aime. Je pense que pour beaucoup de choses j’ai perdu trop de temps. C’est important d’avoir un but et c’est ce que ça représente pour moi.

Ce qui a inspiré le portrait sur mon bras gauche, c’est une photo de ma grand-mère que j’avais l’habitude de voir chez elle. J’ai toujours vu ma grand-mère comme une gitane alors plutôt que de faire un portrait réaliste, j‘ai opté pour un style plus traditionnel pour en faire une icône.

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L’oeil sur mon épaule a été dessiné par mon meilleur pote, qui vit maintenant en Australie et qu’on s’est tatoué tous les deux. On est lié comme des frères!

La montgolfière symbolise ma passion pour les voyages et c’est un peu un clin d’oeil au Tour du monde en 80 jours, qui est d’ailleurs le seul bouquin que j’ai lu en entier (rire). Je l’ai fait à la fois pour le style mais aussi pour symboliser le fait que j’aime m’ouvrir aux différentes cultures car on apprend toujours de l’autre.

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Déjà Mort c’est un délire qui est parti d’une expo de Guy et Rafel. Ca a fait écho avec les westerns que mon père avait l’habitude de regarder quand j’étais petit et où on y voit souvent des mecs agenouillés devant leur propre tombe. Du coup, même si j’ai d’abord pensé aux doigts de pieds, le faire au dessus des genoux s’est trouvé être l’emplacement le plus approprié.  

La faucheuse va avec le Déjà Mort et me rappel constamment qu’il faut profiter de la vie. La vie est trop courte, profitons !

Mes autres pièces sont assez old school et n’ont pas forcément de signification, je les ai fait plus par esthétisme.

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Qu’est-ce que cela t’apporte de les porter ? Qu’est-ce que tes tatouages te procurent?

Je suis fier de porter la production d’un artiste que j’apprécie, ces tatouages sont la retranscription d’idées que je n’étais pas capable de réaliser seul.

Comment décrirais-tu ton style ?

Pour le torse je voulais faire quelque chose de très graphique, en noir et gris, un peu comme une gravure. Dans l’ensemble, je dirais que mon style est old school et new school. Mes potes portaient surtout des lettrages ou du tribal mais j’ai toujours été attiré par le traditionnel. Notamment par les épaisses lignes noires, les dégradés, les aplats et les couleurs basiques comme le noir, le rouge, le jaune et le vert.

Comment se passe le processus créatif ? De quoi t’inspires tu ?

En général j’en parle avec le tatoueur, j’essaye de dessiner mais malheureusement mon niveau est trop faible, du coup je bouquine pas mal de livres d’illustrations et de croquis, et finalement je fais dessiner les apprentis ou les tatoueurs en leur expliquant ce que je veux. Pour ce qui est du placement, je comble les vides, pour du old school ce n’est pas trop gênant.

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Par quels artistes t’es-tu fais tatouer ?

Par Guy, Rafel et Bastien de La Tannerie à Toulouse puis Hugo, Fabrice, Fabien et Benoît de Hand In Glove. Et enfin Baba qui est apprenti chez Mystery Tattoo Club.

Comment sélectionnes-tu les artistes avec qui tu veux collaborer ?

Guy j’avais vu son boulot sur des potes et j’avais bien accroché. Hugo je l’ai rencontré par le biais d’un pote en commun, ce qui m’a permis de rencontrer tous les mecs du shop, c’est à dire Romain, Fabrice, Fabien et Benoît. Si le mec tattoo bien et que j’estime pouvoir lui faire confiance, je me lance et je prends rendez vous. Quand le contact passe bien avec un artiste, je suis du genre loyal.

On parle souvent d’addiction, ressens-tu le besoin ou l’urgence de te faire tatouer? Aurais-tu du mal à t’arrêter et si oui comment l’expliquerais-tu ?

Oui, c’est une pratique addictive, je dirais que le seul frein c’est l’argent. Je peux ne pas me faire tatouer pendant six mois ou un an, ce ne serait pas trop gênant, mais c’est vrai que ces deux dernières années je me suis pas mal fait tatouer. J’ai passé beaucoup de temps à Hand In Glove, à regarder les gens se faire tatouer et à prendre des photos. Du coup à chaque fois que tu es dans le salon tu vois, tu entends, c’est un véritable univers et quand tu es plongé dedans tu as envie de continuer.

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Y’a-t-il des limites que tu ne franchirais pas ?

Sûrement le visage, les mains et le cou, car en France les gens ont encore du mal avec ça. Même si le regard des autres ne me gène pas, si ça doit représenter un frein à mon évolution professionnelle, alors je préfère ne pas franchir le pas. J’ai toute la vie pour me faire tatouer, j’attendrais la retraite (rire).

Penses-tu qu’il y a un rapport de fascination à la douleur ? Est-ce que cela aurait le même charme si la douleur ne faisait pas partie du processus créatif? Est-ce que pour autant les tatoués ont un rapport masochiste à la douleur?

Je ne me fais pas tatouer pour la douleur. Mais il est vrai que sans la douleur, cette pratique serait dénaturée. Il faut accepter qu’il y ait le tatouage et que la douleur vienne avec. C’est peut être un peu masochiste, mais au final on supporte la douleur, d’une part par respect pour l’artiste mais aussi et surtout en vue du résultat final.

Qu’est ce qui fait que tu ne crains pas l’aspect irréversible du tatouage ?

La plupart de mes tatouages ont été bien réfléchis et je ne m’imagine pas me séparer de l’un d’eux. Pour moi ils font partie de ma vie et de mon évolution, ils représentent des étapes que j’ai dû franchir. Par exemple le tatouage que j’ai fait avec mes potes, même si je les vois moins, symbolise de supers moments qu’on a passé ensemble.

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Penses-tu que les autres te regardent différemment depuis que tu es tatoué ?

Oui. Quand j’accompagne des jeunes à la piscine, les gens me regardent limite comme si j’étais l’un d’entre eux. Ils te regardent comme une personne handicapée, enfin c’est comme ça que je le ressens, excepté que dans ce cas précis, c’est moi qui ai choisi la différence. Ils se posent sûrement des questions, comme ils ne connaissent pas, ils jugent et restent dans l’appréhension. Je pense qu’il y’a beaucoup de clichés qui persistent.

Est-ce que les gens te posent souvent des questions? Et est-ce que selon toi cela tend à favoriser les interactions?

Les gens tatoués ne disent rien ou reconnaissent l’artiste, quant aux personnes non tatouées elles regardent, dévisagent, posent rarement des questions pertinentes et sont souvent intrusives. Cela favorise en quelque sorte les échanges mais ce n’est pas forcément intéressant.

Quelle a été la réaction de tes proches quand tu as commencé à être de plus en plus tatoué?

Mes parents ne sont pas pour mais ils n’ont pas vraiment le choix. Pour eux c’est moche et ça ne sert à rien. Ils ne comprennent pas l’utilité d’avoir la peau marquée à vie. Certains de mes proches sont curieux de découvrir mes nouveaux tatouages mais en général la plupart des personnes de mon entourage sont elles mêmes tatouées.

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Selon toi comment réagir face à l’incompréhension des  proches ?

On peut s’énerver puis tenter d’expliquer sa démarche, mais c’est très difficile de la faire comprendre quand les opinions sont déjà ancrées.

Comment sont acceptés tes tatouages au sein de ton environnement professionnel ?

Dans le social ils ne sont pas très regardant la dessus, je dirais qu’ils sont plutôt ouverts. Je peux aller au boulot en short et tee-shirt, ils me regarderont peut être bizarrement mais les jeunes vont être soit intrigués et me poser des questions, soit au contraire ne rien remarquer. J’ai la chance de bosser dans une équipe assez jeune, donc ça ne pose pas de problème aux autres éducateurs.

Comment penses-tu que le tatouage est perçu dans la société française ? Y a-t-il encore beaucoup de stigmas ?

Le tatouage n’est toujours pas bien perçu en France cependant depuis ces dernières années, il y’a de plus en plus de gens qui se font tatouer. En été, tu peux voir beaucoup de gens tatoués alors même si la plupart du temps c’est juste une étoile sur le poignet, un scorpion ou un dauphin, c’est une pratique qui se démocratise. Les modes favorisent ce développement mais dans le monde du travail ça reste encore tabou, on voit encore très peu de gens avec des tatouages dans le cou ou sur les mains. Ca reste globalement plus simple dans les métiers manuels ou au sein des milieux artistiques.

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Comment te vois-tu vieillir avec tes tatouages ?

Cela ne me dérange pas de vieillir avec car à un moment donner il faut accepter le changement. Je pense que mes tatouages feront tellement partie de moi, qu’ils évolueront tout simplement avec mon corps.

Quels sont tes futurs projets et quels sont les artistes avec qui tu aimerais collaborer à l’avenir?

Je vais continuer chez Hand In Glove, avec Fabrice l’avant bras droit et Hugo le reste du bras gauche puis les jambes avec les apprentis qui d’ici là ne le seront plus et une amie, qui j’espère trouvera rapidement un apprentissage.

Des regrets ?

Aucun. Je n’ai pas fait de tatouages par rapport à une fille (rire).

Ton plus grand rêve ?

Arrêter de travailler pour pouvoir voyager.

Entretien réalisé par Céline Aieta 

 

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